Publié le dans Pour les équipes

Comment les entreprises européennes résolvent le paradoxe des connaissances

Par Laura Gregg

Responsable réussite client pour la région EMEA, Notion

3 minutes de lecture

Ceci est le premier volet d’une sĂ©rie en deux parties explorant comment les organisations europĂ©ennes investissent dans la gestion des connaissances pour rĂ©ussir Ă  l’ùre de l'IA.

L’annĂ©e derniĂšre, nous avons interrogĂ© des responsables d’entreprises Ă  travers l’Europe et avons constatĂ© qu’ils et elles font face Ă  une contradiction notable : bien que la plupart (97 %) reconnaissent que la gestion des connaissances est essentielle Ă  leur entreprise, trĂšs peu (28 %) ont une stratĂ©gie cohĂ©rente pour bien l’exĂ©cuter. Cet Ă©cart—savoir que la gestion des connaissances est importante mais avoir du mal Ă  la mettre en Ɠuvre—est ce que j’appelle le paradoxe des connaissances. Et ce n’est pas juste frustrant : c’est coĂ»teux.

Une mauvaise gestion des connaissances coĂ»te aux entreprises europĂ©ennes jusqu'Ă  16 000 € par employé·e et par an en perte de productivitĂ©. Pour une entreprise de 500 personnes, cela reprĂ©sente 8 millions d’euros par an dĂ©pensĂ©s Ă  chercher des informations qui existent dĂ©jĂ , Ă  recrĂ©er un travail dĂ©jĂ  effectuĂ©, et Ă  voir les connaissances institutionnelles disparaĂźtre lorsque les gens partent.

Pour comprendre comment les entreprises europĂ©ennes abordent ce paradoxe des connaissances, nous avons parlĂ© avec des responsables en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Des startups en pleine croissance aux entreprises durables, ce que nous avons entendu Ă©tait cohĂ©rent : les connaissances centralisĂ©es sont la base qui rend tout le reste possible—productivitĂ© accrue, moins de travail rĂ©pĂ©titif, prise de dĂ©cision plus rapide—et finalement, la capacitĂ© de tirer parti de l’IA de maniĂšre efficace.

Voici ce qu’elles ont appris sur la gestion des connaissances, ce qu’elles en font, et pourquoi bien faire les choses est l’avantage dĂ©terminant qui sĂ©pare les entreprises prospĂšres des autres.

Read the Research: Strategic Knowledge Management in the Age of AI

We asked 650 European decision-makers how they’re rethinking knowledge management in the age of AI. Dive into the research to discover how leading teams are cutting software sprawl, improving search, and unlocking productivity without increasing complexity.

Le coût caché des connaissances éparpillées

Le paradoxe des connaissances se manifeste diffĂ©remment selon votre stade de croissance, mais le rĂ©sultat est le mĂȘme : lorsque les informations sont dispersĂ©es entre les personnes et les outils, le progrĂšs ralentit.

Pour les entreprises en hypercroissance, tout l’avantage rĂ©side dans la vitesse. À mesure que les Ă©quipes se dĂ©veloppent, le partage informel des connaissances qui fonctionne pour 10 personnes Ă©choue Ă  100. Les dĂ©cisions passent de conversations dans les couloirs Ă  des fils fragmentĂ©s. Le contexte se perd, des silos se forment par dĂ©faut, et cette vitesse concurrentielle s’évapore. Dans les marchĂ©s en rapide Ă©volution d’aujourd'hui, la vitesse peut dĂ©terminer la survie.

Pour les entreprises établies, la friction provient souvent des systÚmes hérités et des façons de travailler ancrées, rendant les transitions vers de nouvelles plateformes et approches de plus en plus coûteuses et complexes. « Il est trÚs difficile de changer une fois que les fondations ne sont pas idéales », observe Snir Yarom, Directeur technique de Taxfix. « Si ces fondations ne sont pas construites dÚs le départ, le coût du changement ultérieur devient trÚs élevé. »

Le vĂ©ritable coĂ»t d’une mauvaise gestion des connaissances va au-delĂ  de la productivitĂ© perdue : il Ă©rode la confiance dans la prise de dĂ©cision et ralentit l’exĂ©cution. Notre recherche a rĂ©vĂ©lĂ© que la plupart des responsables ingĂ©nierie, produit et design (79 %) en Europe manquent de confiance dans les donnĂ©es utilisĂ©es pour prendre des dĂ©cisions Ă©clairĂ©es car les informations nĂ©cessaires sont Ă©parpillĂ©es sur trop d’outils. Dan Bathurst, Directeur produit chez Nscale, a vu cette dynamique en pratique : « L’absence de connaissances centralisĂ©es peut causer beaucoup de confusion, ce qui rĂ©duit ensuite la confiance de quiconque souhaitant prendre une dĂ©cision. Si les employé·es n’ont pas toutes les informations, ils et elles peuvent ne pas se sentir habilité·es Ă  approuver quelque chose.»

Heureusement, l’IA redĂ©finit rapidement la maniĂšre dont les entreprises Ă  travers l’Europe accĂšdent et utilisent les connaissances de l’entreprise. En 2025, notre recherche a rĂ©vĂ©lĂ© que 56 % utilisent dĂ©jĂ  l’IA pour la gestion des connaissances, et 29 % supplĂ©mentaires Ă©taient en phase pilote. Mais il y a un hic : l’IA ne peut se construire que sur ce qui existe dĂ©jĂ . Les entreprises dĂ©ployant l’IA sans de solides bases de connaissances l’apprennent Ă  leurs dĂ©pens. Chez Nelly, les premiĂšres tentatives de construire un bot orientĂ© patient ont mis en Ă©vidence des lacunes dans leur documentation, obligeant l’équipe Ă  reconstruire les connaissances de maniĂšre rĂ©troactive. Comme le dit Alexandre Imbeaux de Lucca, les connaissances centralisĂ©es « ne sont pas un avantage, mais une question de survie. »

La leçon est claire : avant que l’IA puisse rĂ©pondre Ă  des questions, rĂ©diger des brouillons ou soutenir des flux de travail orientĂ©s client, les entreprises doivent mettre de l’ordre dans leur gestion des connaissances.

Comment construire une culture de la documentation

Comprendre le problĂšme est une chose, mais le rĂ©soudre en est une autre. Une fois que vous avez reconnu que l’IA a besoin d’une solide base de connaissances, la question devient : comment construire une culture de la documentation qui perdure ?

Parmi les responsables avec qui nous avons parlé, quelques tendances ont émergé :

DĂ©marrez par le pourquoi. Les gens doivent comprendre le bĂ©nĂ©fice personnel avant de changer de comportement, et le cadre le plus efficace rend le compromis concret. Pour les ingĂ©nieurs chez Nelly, le cofondateur Laurids Siebel l’a expliquĂ© simplement : documentez votre travail une fois, ou rĂ©pondez aux mĂȘmes questions encore et encore. Une fois prĂ©sentĂ©e comme un choix entre 30 minutes de documentation ou des heures d’interruptions, la dĂ©cision devient Ă©vidente.

Construisez des systĂšmes qui attirent l’engagement. Les systĂšmes de connaissance les plus durables crĂ©ent une participation volontaire (tirer), pas une conformitĂ© forcĂ©e (pousser). Chez Above, le directeur de l’excellence opĂ©rationnelle et de la stratĂ©gie Tore Fjaertoft a travaillĂ© avec un client pour s’éloigner de l’exigence pour les Ă©quipes de remplir d’innombrables modĂšles Excel. Au lieu de cela, il leur a demandĂ© de maintenir une seule page Notion avec leurs KPI, OKR et feuille de route de haut niveau. « D’ici, nous extrayons des informations pour les emmener lĂ  oĂč nous en avons besoin, quand nous en avons besoin », explique-t-il. Le rĂ©sultat Ă©tait plus simple pour les Ă©quipes et meilleur pour l’organisation : la transparence s’est amĂ©liorĂ©e, les frais administratifs ont diminuĂ©, et les informations sont toujours Ă  jour.

Thomas Zeller, CDO chez UnternehmerTUM, fait Ă©cho Ă  ce principe, notant que forcer les employé·es Ă  documenter les choses pour la visibilitĂ© fonctionne rarement. Au lieu de cela, il plaide pour laisser les Ă©quipes travailler de la maniĂšre qui leur convient, puis extraire les informations quand et oĂč elles sont nĂ©cessaires.

Faites-en un changement culturel. Construire une culture de la documentation signifie changer fondamentalement la façon dont les gens pensent aux connaissances – passer de quelque chose que les individus possĂšdent Ă  un actif organisationnel partagĂ© auquel tout le monde contribue. Prenez le leader mondial de la technologie de fitness EGYM. Joscha Storz, responsable des systĂšmes et services d’ingĂ©nierie, attribue le succĂšs de l’entreprise Ă  l’offre de solutions complĂštes et intĂ©grĂ©es aux clients – pas de produits ponctuels, mais des systĂšmes complets qui fonctionnent ensemble de maniĂšre transparente. Il a rĂ©alisĂ© que cette mĂȘme philosophie devait s’appliquer en interne Ă  leurs connaissances d’entreprise. En pratique, cela signifiait trois choses : permettre l’évolutivitĂ© alors qu’ils connaissaient une croissance rapide, crĂ©er des solutions holistiques oĂč tout se connecte plutĂŽt que d’exister de maniĂšre isolĂ©e, et permettre l’auto-organisation afin que les Ă©quipes puissent travailler de maniĂšre autonome tout en maintenant un contexte partagĂ©.

Plus critique encore, cela signifiait lutter activement contre la tendance naturelle Ă  ce que les connaissances deviennent fragmentĂ©es. « Les connaissances s’accumulent naturellement dans des silos et des clusters dĂ©centralisĂ©s », dit Joscha. « Nous utilisons dĂ©sormais Notion pour contrer activement ces silos en motivant les gens Ă  transfĂ©rer des connaissances collectivement utiles de poches isolĂ©es vers des espaces partagĂ©s et centraux. »

Les entreprises avec lesquelles nous avons parlĂ© ne se contentent pas de mettre en Ɠuvre de nouveaux outils ou processus : elles repensent la maniĂšre dont les connaissances circulent au sein de leur organisation : qui les possĂšde, comment elles sont créées et comment elles restent Ă  jour.

Centraliser les connaissances rĂ©sout le paradoxe, mais ce n’est que le dĂ©but. Dans la Partie 2, nous explorerons ce qui se passe ensuite : comment les Ă©quipes commencent Ă  expĂ©rimenter avec l’IA, quels cas d’usage apportent la valeur la plus rapide, et comment de petites victoires s’accumulent pour donner naissance Ă  une adoption durable.

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